«Les gratitudes»: Un roman d’une rare puissance sur les dettes morales et ces liens invisibles qui nous gouvernent.
«Les gratitudes»: nouveau roman de Delphine de Vigan. Le livre est court, cent soixante pages, très aérées. Les dialogues prennent une grande place par rapport à la partie narrative. La lecture est donc fluide, très rapide.
Les personnages sont trois. Michka est une femme très âgée, sans famille. En perte d’autonomie, elle est contrainte de s’installer dans une résidence pour personnes âgées dépendantes. Face à elle, deux narrateurs, qui interviennent tour à tour. Marie, une jeune femme qui habite l’immeuble où Michka a vécu et qui s’efforce de lui rendre visite régulièrement. Jérôme, un orthophoniste exerçant dans la maison de retraite, passionné par son métier, aux petits soins pour Michka.
La gratitude est le sentiment de reconnaissance que nous éprouvons envers les personnes qui nous ont apporté un bienfait ou rendu un grand service.
En exergue, Delphine de Vigan a placé un extrait d’un poème de François Cheng, qui nous rappelle que « tout instant de vie est rayon d’or sur une mer de ténèbres ». Et qu’il faut savoir dire merci. Exprimer notre reconnaissance à celles et ceux qui ont souffert ou qui se sont donné du mal pour que nous soyons vivants. Et heureux de l’être.
Habilement, graduellement, le livre dévoile pourquoi Marie est redevable envers Michka. On découvre aussi ce que Michka doit à une femme et à un homme perdus de vue depuis son enfance. On comprend alors la souffrance muette et inconsciente qu’elle éprouverait à l’idée de quitter ce monde sans avoir pu leur témoigner, d’une façon ou une autre, sa gratitude… Émotion !
Avec Jérôme, les choses sont un peu plus floues. Jérôme est une personne de grande qualité. Comme Michka et Marie, d’ailleurs, car avec «Les gratitudes», Delphine de Vigan nous immerge dans un monde où « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». À l’exception d’une déplaisante directrice d’établissement qui, grâce à Dieu, n’existe que dans les cauchemars de Michka.
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