Fendre l’armure, le nouveau roman d’ Anna Gavalda à la librairie Linguae.

La romancière revient au genre littéraire qui la fit connaître – la nouvelle – avec grâce.

Anna Gavalda est entrée en littérature avec un recueil de nouvelles. C’était en 1999, avec Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part. Elle voulait être discrète. Elle rata son coup. La célébrité lui tomba dessus du jour au lendemain. Farouche, elle préserva sa tranquillité en laissant ses personnages occuper le devant de la scène. Et se retira en son bureau pour écrire leurs vies dans des romans plus ou moins épais.

Ce sont eux, ses personnages, qui parlent le mieux d’elle. Cela tombe bien. En voilà de nouveaux, sept exactement, qui composent ce deuxième recueil de nouvelles, dix-huit ans après le premier.

Comme un petit rappel à l’ordre. Vous ne m’aviez pas oubliée, quand même ? Me revoilà avec ma petite troupe qui en a gros sur la patate…

 

Un nouveau Gavalda qu’on s’est empressé de lire, la femme de lettres française renouant avec le genre qui a lancé sa carrière.

 

Que dit ce nouveau chœur de voix orchestré par la romancière ? Il dit la solitude des êtres et la douleur de la perte, il dit aussi la magie des rencontres et la force de l’amour.

Fendre l’armure, chuchote le titre qui fait référence à ces moments de bascule où tout se fissure. Où l’on se met à nu, où l’on fait le bilan, ce qui s’est évaporé et ce qui reste.

Il y a dans Fendre l’armure un garçon qui vient d’assister au mariage de son ancienne petite amie et rentre un peu imbibé, un peu sonné, en TGV vers Paris. Un homme d’affaires reclus dans une chambre d’hôtel à Séoul qui vide le minibar en songeant à son ami disparu . Un routier qui, après son fils emporté par la maladie, pleure son chien, un adorable compagnon de cabine . Un père de famille convoqué par la directrice de l’école furibonde . Ou encore une jeune veuve alcoolique croisant une autre âme en peine.

 

Écrivain caméléon

Il y a même cette fille, la fille de l’animalerie un peu vulgaire avec un tatouage de personnage de dessin animé au bas du dos, qui flirte avec un poète le temps d’une soirée. « Faut pas se fier, je suis grossière mais c’est ma tenue de camouflage », explique-t-elle pour justifier son langage de charretier. Anna Gavalda ne dédaigne pas de fleurir ses mots pour le besoin d’un personnage. Ça lui vient aussi naturellement que le souhait de porter la couronne chez Elizabeth II.

Elle ne change pas, Anna Gavalda, désarmante dans ses obsessions. Elle met des poètes dans le RER, des Chocapic sur la table du petit déjeuner, du Haut-Brion dans les verres à pied, du feu dans la cheminée et laisse bruisser les conversations d’où s’échappent des confidences et des aveux.