“En Camping-car”. Ivan Jablonka fait preuve d’une sensibilité qui ne diminue en rien l’acuité de sa méthode d’investigation.

Le camping-car nous a emmenés au Portugal, en Grèce, au Maroc, à Tolède, à Venise. Il était pratique, génialement conçu. Il m’a appris à être libre, tout en restant fidèle aux chemins de l’exil. Par la suite, j’ai toujours gardé une tendresse pour les voyages de mon enfance. Pour cette vie bringuebalante et émerveillée, sans horaires ni impératifs. La vie en camping-car.

Avec une famille adepte du camping-car, Ivan Jablonka a connu des « road trip » proches de la nature.

Après avoir brossé un bref portrait de ses parents, l’auteur revisite les vacances estivales de son enfance tout en portant, avec le recul, un regard de sociologue sur ce mode de vie. Récit irrigué par le journal qu’il tenait,des photos, mais aussi par les réminiscences de leurs compagnons de route.
L’écrivain voyageur commence par nous faire visiter tous les recoins de ce nouveau combi avant de nous embarquer sur les routes d’Europe et des États-Unis. Habitée par un esprit communautaire , sa famille part toujours avec d’autres couples avec enfants.

 

Il fait défiler ses souvenirs , s’étonnant du vide avant sa sixième année.

 

Pour garder des traces de ses périples, il a pris goût à réaliser des « scrapbooks » de voyage où il thésaurise tout ce qu’il collecte ( tessons d’amphores).
Le romancier détaille leur quotidien : les mères ne sont pas exemptées des «  tâches ancillaires », les hommes à la vaisselle, et la liberté totale pour les kids qui ne manquent pas d’imagination pour inventer des jeux, des mots.
Le mode d’ordre du père ? «  Soyez heureux ». Ce qui n’empêche pas «  petit Ivan » de «  mougliter » ( s ‘ennuyer), de renoncer à des visites.

Cette rétrospective de ses étés baignés de lumière met en évidence le bagage culturel que l’écrivain a engrangé, le réconciliant avec l’étude du grec que sa mère lui a imposé en 4ème. Il rend hommage à ses parents, rappelant leur « background » : «  l’humanité blessée » pour son père, « les humanités triomphantes » pour sa mère. N’est-il pas devenu un « European gentleman » ?

C’est pétri de gratitude, pour lui avoir offert ces « bourlingages » initiatiques, qu’il analyse avec acuité comment cette école de vie l’ a forgé, lui a ouvert l’horizon, lui a permis de résister aux attaques des camarades.
Ivan Jablonka signe une ode à la liberté, une odyssée ensoleillée.